Figé en 1927 au moment de la fermeture de sa pulperie, cet ancien village-usine compte une quarantaine de bâtiments d'origine préservés, dominés par l'imposante chute Ouiatchouan, plus haute que celle du Niagara.
L'histoire de Val-Jalbert débute en 1901 lorsque l'entrepreneur forestier Damase Jalbert acquiert des terres au pied de la chute de la rivière Ouiatchouan pour y construire une usine de pâte à papier. Le village, d'abord nommé Saint-Georges-de-Ouiatchouan, se développe rapidement selon un plan d'urbanisme rigoureux : à son apogée dans les années 1920, il compte plus de 900 habitants répartis dans environ 80 maisons ouvrières, doté d'un confort moderne alors rare en milieu rural — électricité, aqueduc, téléphone et même installations sanitaires intérieures. Après le décès de Jalbert en 1904, l'entreprise passe sous contrôle américain puis, en 1909, est acquise par la Compagnie de pulpe de Chicoutimi dirigée par Julien-Édouard-Alfred Dubuc, qui renomme le village en l'honneur de son fondateur en 1913 et en assure l'âge d'or jusqu'au milieu des années 1920. La crise du marché de la pâte de bois, combinée à des difficultés financières de la compagnie, entraîne la fermeture définitive de l'usine le 13 août 1927, provoquant l'exode complet de la population ouvrière vers d'autres localités. Resté à l'abandon pendant des décennies, le site est progressivement mis en valeur comme musée à ciel ouvert à partir des années 1960, dans la foulée du mouvement de sauvegarde du patrimoine industriel québécois, et désigné lieu historique national du Canada en 2019. Les visiteurs y découvrent aujourd'hui le couvent-école, le magasin général, le bureau de poste et de nombreuses maisons ouvrières restaurées à des degrés divers, certaines volontairement laissées dans leur état d'abandon pour témoigner du caractère de « village fantôme » du site. Un téléphérique permet d'accéder au sommet de la chute Ouiatchouan, haute de 72 mètres, pour une vue plongeante sur le village et le lac Saint-Jean.